Kiyoshi Kurosawa est l’un des cinéastes
japonais contemporains les plus importants. Son œuvre
et ses interventions (conférences, entretiens…)
tracent un itinéraire artistique original et, en
même temps, symptomatique de la création nippone
– surtout en ce qui concerne le cinéma de genre,
l’île du Levant étant devenue la référence
mondiale en la matière. Ayant traversé près
de trois décennies de l’histoire récente
du cinéma, le réalisateur est devenu une référence
incontournable – au même titre que Takeshi Kitano,
Wong Kar-Wai, Hou Hsiao-Hsien, Kim Ki-Duk… C’est
dire si les entretiens ici proposés sont précieux.
Kiyoshi Kurosawa nous convie à un voyage cinéphilique
au cours duquel les classiques du fantastique (Vampyr,
Le Moulin des supplices, La Nuit du loup-garou,
Histoire de fantômes japonais…) côtoient
les films d’horreur phares de la modernité
(Psychose, L’Étrangleur de Boston,
Massacre à la tronçonneuse, La
Nuit des morts-vivants, Les Dents de la mer,
Halloween…), où les séries
B en provenance des États-Unis ou d’Europe
croisent les plus fameux récits de fantômes
japonais. Au moins deux “effroyables histoires”
s’entrelacent ici : une histoire de la peur à
l’écran, anthologie dressée par l’un
des maîtres du fantastique actuel, et le récit
des émotions engendrées par ces mêmes
films, qui trace en filigrane l’histoire d’une
vie. Kurosawa lance des passerelles entre les mythologies,
nourrit son imaginaire de l’imaginaire de l’Autre.
Quel point commun y a-t-il entre la Gorgone et un kaidan,
un fantôme nippon ? Pourquoi le Japon privilégie-t-il
les revenants plutôt que les vampires ? Les mécaniques
fatales se ressemblent-elles ? La dimension critique du
cinéma d’horreur américain des années
1970 est-elle perceptible au pays d’Hiroshima ? Makoto
Shinozaki révélant les scènes sous
les scènes, Kurosawa livre même quelques secrets
de sa fabrique des images. Démarche intime et passionnée,
précieuse de la part d’un cinéaste s’effaçant
derrière son œuvre.