1961 : L’Horrible Docteur Orlof est projeté sur les écrans. Ce quatrième film d’un jeune réalisateur madrilène, véritable cauchemar expressionniste traversé par des éclairs de sadisme et de violence alors inédits, conquiert les amateurs de cinéma fantastique. Fort de son succès, Jess Franco devient rapidement une référence culte, ajoutant sans cesse à l’exubérance de son univers. On y croise des strip-teaseuses vampires, des chirurgiens fous, des gardiennes de prisons sadiques, le mage Cagliostro, Frankenstein et Dracula en personnes, la Vénus à la fourrure, la marquise de Sade, des comtesses noires, perverses ou aux seins nus, sans oublier Miss Muerte et quelques cannibales…
Jusqu’au
déclin du cinéma d’exploitation européen
au début des années 80, Jess Franco aura été
le roi incontesté du Cinéma Bis et des salles
de quartier, enchaînant à un rythme frénétique
les films d’épouvante, les adaptations de classiques
de l’érotisme et du fantastique et anticipant
la grande vague pornographique. Mais pour l’auteur de
Vampyros Lesbos, le cinéma de genre a d’abord
représenté un vaste laboratoire d’expérimentations
narratives et visuelles, une Factory où ont brillé
des stars telles que Soledad Miranda, Kali Hansa ou Lina Romay.
Cet amateur de jazz n’a cessé de mêler le
cinéma populaire et l’underground, le classicisme
et l’avant-garde, l’archétype et l’improvisation.
Son œuvre, digne de figurer aux côtés de
celles de Luis Buñuel, Jean Cocteau ou Kenneth Anger,
ne recule devant aucun excès sanglant et ne s’impose
aucun tabou. Les films de Jess Franco sont des fêtes dionysiaques
où trône la figure fétiche de la femme vampire,
incarnation extatique et sans cesse renaissante du désir.
Le résultat ? Un art charnel s’exprimant sur les
terrains sans balises de la performance, du happening
et du cinéma corporel.