Présent sur la scène
internationale du jazz depuis quasiment un demi-siècle,
le saxophoniste (soprano et ténor), compositeur et arrangeur
Wayne Shorter (né le 25 août 1933) aura attendu
l’âge de 68 ans pour conquérir, à
la tête de son quartette acoustique (Danilo Perez, piano
; John Patitucci, contrebasse ; Brian Blade, batterie), une
véritable célébrité – sa réputation
excédant très largement, désormais, le
cercle des amateurs de jazz. Sa collaboration avec des artistes
tels que Joni Mitchell, Carlos Santana ou le groupe Steely Dan
a très certainement contribué à le faire
connaître d’un large public qui voit en lui, à
juste titre, l’incarnation d’une certaine idée
de l’invention et de la liberté jazzistiques.
Wayne Shorter a participé à certaines des aventures
musicales décisives de ces quarante dernières
années : celle des Jazz Messengers, où Art Blakey
l’instaura vite directeur musical (1959-1964) ; celle,
plus encore, du « deuxième quintette » de
Miles Davis (Miles, Shorter, Herbie Hancock, Ron Carter, Tony
Williams), au sein duquel s’épanouit sa personnalité
de compositeur et d’arrangeur et qu’il a indiscutablement
marqué de son empreinte (1964-1970) ; celle du plus important
des groupes de « fusion » des années 70-80,
le mythique Weather Report qu’il crée en 1971 avec
Joe Zawinul, Miroslav Vitous, Alphonze Mouzon et Airto Moreira
et dont il est, avec Zawinul, le constant inspirateur jusqu’en
1986.
Il est donc, aujourd’hui, incontestablement la figure
du jazz moderne la plus populaire avec celle de Sonny Rollins
(de quatre ans à peine son aîné).
Personnalité complexe, homme de lecture et de réflexion
fortement marqué par les sagesses extrême-orientales,
novateur puissant – notamment sur le terrain des recherches
harmoniques – mais discret, instrumentiste d’une
singularité incontestable, particulièrement au
saxophone soprano qui voit en lui l’un de ses meilleurs
spécialistes depuis les dernières années
soixante, Wayne Shorter, très vite reconnu mais trop
longtemps mésestimé, reçoit enfin, avec
l’ouvrage de Stéphane Carini, un essai à
sa mesure – tout de précision, d’originalité
dans l’analyse esthétique. Les Singularités
flottantes de Wayne Shorter est en outre le premier ouvrage
critique à être consacré à celui
que le New York Times et Down Beat considèrent
pour leur part comme « le plus grand compositeur de jazz
vivant ».