Paradoxe ? Sans doute. Il n’existe
aujourd’hui – alors même qu’il a pu,
l’année dernière, fêter ses soixante-quinze
ans – qu’un seul livre sur Sonny Rollins dans la
bibliographie jazzistique : celui de Maurizio Giammarco. Paradoxe
bis – pourraient dire certains : ce livre n’a
pas été écrit par un critique ou un musicien
américain ; n’a initialement été
publié ni à New York ni à Los Angeles,
mais à Rome. Est le fait d’un musicien italien
jeune encore, et de première force, « tombé
en Rollins » durant son adolescence et qui n’aura
jamais quitté, pour le Saxophone Colossus, la plus vive
admiration – celle-ci, pour autant, n’ayant jamais
basculé dans l’aveuglement ou la célébration
béate. Remarquablement informé, jamais hagiographique,
l’ouvrage de Maurizio Giammarco met, à écouter,
en jeu une belle science et sait comme peu (mais le livre de
Pieranunzi sur Bill Evans serait un autre exemple fort) faire
écouter. Moments d’analyse tenus sans technicité
– fermement mais limpidement. Marches historiques précises
pour dire le parcours mouvementé puis assuré d’un
maître de musique, d’un nouvel inventeur du saxophone
ténor (au même titre que le Père, Coleman
Hawkins) pour qui, de toujours, la musique est l’instance
première de la méditation – d’une
vitale transformation, quotidiennement jouée.
Mise en perspective exacte d’une réalité
point si évidente : Rollins, à sa façon
singulière, solitaire, superbement affirmative, a bouleversé
le dire du jazz, sa discursivité, l’idée
même du solo, la morale de l’improvisation. Ce jazz
dont il est, aujourd’hui, la dernière légende.
Absolument vivante.
Traduit de l'italien par Danièle Robert